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MasterWorks Canadiens
Mary Bolduc – Ça va venir découragez-vous pas - 1930 
Biographie par Robert Thérien
Née d'un père irlandais anglophone et d'une mère francophone, Mary Travers grandit dans une famille pauvre et nombreuse de la Gaspésie. Elle apprend de son père violoneux quelques rudiments de cet instrument en plus de s'initier à l'harmonica et à la guimbarde. En 1907, elle vient rejoindre sa demi-soeur Mary-Ann à Montréal où elle travaille d'abord comme domestique, puis à compter de 1910, comme couturière dans des manufactures de robe. En juillet 1914, elle épouse Edouard Bolduc, un plombier. Terrassés par la misère qui sévit dans les villes, les Bolduc vont, comme des milliers d'autres Québécois, tenter leur chance, en 1921, dans les usines de la Nouvelle-Angleterre. Ils vivotent tant bien que mal pendant un an, demeurant chez une sœur d'Édouard. De retour à Montréal, Édouard Bolduc trouve un travail régulier que la maladie le forcera à abandonner en 1927. À la même époque, Mary commence à participer à des soirées folkloriques où son talent est vite remarqué. En 1928, poussée par une situation économique pénible, elle remplace un violoneux lors d'une des “Soirées du bon vieux temps” de Conrad Gauthier. Elle est immédiatement remarquée par Ovila Légaré et Alfred Montmarquette, deux habituées de ces soirées, qui l'introduisent à Roméo Beaudry, vice-président des disques Starr. C'est ansi que Mary Travers enregistre, le 12 avril 1929, un reel instrumental qu'elle a composé (La Gaspésienne) et reprend une vieille chanson française (Y'a longtemps que je couche par terre). Cet enregistrement, et ceux qui suivent cette année-là, sont des échecs commerciaux. Le 6 décembre, elle adapte une chanson irlandaise (L'habit de Johnny McFellow) et complète la session d'enregistrement avec sa première composition, La cuisinière, chanson avec laquelle elle définit son style. Le disque se vend rapidement à plus de dix milles exemplaires, en pleine crise économique. Beaudry lui commande immédiatement d'autres chansons du même genre et la Gaspésienne se met à composer pour répondre à la demande. Son humour teinté d'un inébranlable optimisme et sa musique énergique agrémentée de son célèbre «turlutage» connaissent un succès instantanné auprès d'une population qui a bien besoin qu'on lui remonte le moral. En plus d'enregistrer ses propres compositions, elle participe à des enregistrements d'Ovila Légaré, Eugène Daigneault, JO Lamadeleine et Alfred Montmarquette.
Mary Bolduc présente son premier spectacle en solo à Lachute le 25 novembre 1930 devant une foule gagnée d'avance qui connait déjà toute ses chansons. Ses succès sur disques se succèdent: La pitoune, Un petit bonhomme avec un nez pointu, Chez ma tante Gervais, Ça va v'nir, découragez-vous pas, ainsi que La bastringue et C'est dans l'temps du Jour de l'An qu'elle enregistre avec Ovila Légaré. On l'entend de plus en plus souvent à la radio de CKAC dans des émissions folkloriques. Lourdement frappée par la crise économique, l'industrie du disque vascille. Devant la baisse des redevances de ses enregistrements, Mary Bolduc accepte, malgré ses responsabilités de mère de famille, de partir en tournée. En mai 1931, elle se joint à la troupe de Juliette «Caroline» D'Argère. Mais une attaque cardiaque qu'elle subit en juillet la force à réduire ses déplacements. Ses chansons humoristiques (Le sauvage du Nord, J'ai un bouton sur la langue) remportent encore d'énormes succès mais ce sont celles qui décrivent le quotidien (L'ouvrage aux Canadiens, Nos braves habitants, La chanson du bavard, Chanson de la bourgeoisie) qui en font, à son corps défendant, le porte-parole des déshérités. En 1932, Mary Bolduc decide de fonder sa propre troupe, “La troupe du bon vieux temps”, qui comprend sa fille Denise, le comique Armand Lacroix et le promoteur Jean Grimaldi qui chante, joue la comédie et organise la tournée. De nombreux artistes se succèderont dans cette troupe, dont Manda Parent et son frère, le chanteur Lionel Parent, Olivier Guimond fils et sa mère Effie Mack ainsi que la chanteuse et comédienne Simone Roberval. Alors que toute l'industrie du spectacle subit les affres de la crise économique, le succès de Mary Bolduc ne se dément pas. Avec l'impressario Henri Rollin, elle organise en Nouvelle-Angleterre plusieurs tournées qui lui amènent de véritables triomphes. À compter de 1935, le marché du disque a repris de la vigueur mais le style folklorique a perdu la faveur du public des villes qui écoute les chanteurs de charme Jean Lalonde, Roméo Mousseau, Ludovic Huot et Fernand Perron qui leur offrent les chansonnettes de facture américaine ou française qui inondent maintenant les ondes radiophoniques. Les spectacles de madame Bolduc continuent malgré tout à remplir les salles en région. Le 25 juin 1937, Mary Bolduc subit un grave accident d'auto près de Rimouski. Grâce à sa robuste constitution (1m80, 85 kg), elle se remet de ses nombreuses fractures. Certaines blessures cependant mettent du temps à guérir: on diagnostique un cancer. Elle subit deux opérations à Montréal au début de 1938 puis reçoit, à l'Institut du Radium, des traitements qui, alliés aux tracasseries juridiques qui entourent les réclamation d'assurance, affectent ses facultés. Une tournée de spectacles à Montréal, qu'elle avait acceptée à l'été de 1939, doit être annullée. Une période de rémission lui permet de faire quelques spectacles au début de 1939 et d'enregistrer quatre chansons, dont Les souffrances de mon accident. Indomptable, elle accepte de partir en tournée en Nouvelle-Angletterre avec la troupe de Jean Grimaldi à l'automne. Mary Bolduc doit de nouveau subir des traitements au radium au début de 1940. Se sachant condamnée, elle accepte une tournée en Abitibi à l'été 1940 avec Rose «La poune» Ouellette et Juliette Pétrie. Malgré la maladie qui gagne du terrain, elle donne, à l'automne, quelques spectacles à Montréal. Le 19 décembre 1940, après un dernier spectacle à Saint-Henri, elle doit entrer de nouveau à l'Institut du Radium où elle s'éteindra le 20 février 1941. Les journaux de l'époque parleront très peu du décès de cette vedette populaire des années 1930. Seul le journaliste Henri Letondal, dont Lucienne Bolduc est la secrétaire, lui rendra l'hommage qu'elle mérite dans un long article publié dans l'hebdomadaire Radiomonde le 8 mars 1941.
Bien que certains auteurs-compositeurs, dont Ovila Légaré, Larry Larivée et J. Hervey Germain, l'ait précédée dans les années 1920, Mary Bolduc fut la première à ne chanter que ses propres compositions. Ravi par le style de madame Bolduc qu'il découvrit plusieurs années après sa disparition, Charles Trenet lui rendit hommage dans sa chanson Dans les rues de Québec (1950).
Tout au long de sa carrière, Jeanne-d'Arc Charlebois a perpétué le style et le répertoire de madame Bolduc qu'elle a fait connaitre également en Europe. Elle a présenté de nombreux récitals de ses chansons, dont un à Montréal en 1984, et a participé au spectacle «Les turluteries» avec André Gagnon, Diane Dufresne et Jim Corcoran au Centre National des Arts à Ottawa en 1992, année où Angèle Arsenault débute, sous le titre "Bonjour madame Bolduc", une rétrospective des chansons de la célèbre Gaspésienne qu'elle présente un peu partout au Québec jusqu'en 1995.
Un prix La Bolduc a été institué en 1966 au Festival du disque. Claude Léveillée en fut l'unique récipiendaire. Une toile de Jean-Paul Riopelle intitulée "La Bolduc" est exposée dans le foyer de la Place des Arts de Montréal. En 1991, la Société Saint-Jean-Baptiste a décerné, à titre posthume, sa médaille Bene merentis de patria à l'artiste de Newport. L'intégrale de ses œuvres, lancée par la compagnie Analekta en 1993, a reçu, en mai 1994, un hommage spécial du magazine Le monde de la musique. Pour souligner le centenaire de sa naissance, un monument fut dévoilé le 24 juin 1994 à Newport dans le cadre de diverses manifestations spéciales. Un musée La Bolduc est maintenant ouvert dans cette municipalité. Le gouvernement du Canada a également lancé un timbre commémorant l'évènement.

Les ouvrages suivants ont été consacré à Mary Travers-Bolduc:
La Bolduc de Réal Benoit (Montréal, Editions de l'Homme,1959, 123 p.)
Madame Bolduc et ses chansons de Marie-Blanche Doyon; mémoire littéraire, Université Laval, 1969, 239 p.
Les chansons de la Bolduc: manifestation de la culture populaire à Montréal,1928-1940 de Monique Leclerc; mémoire de maitrise inédit, Université McGill, 1974, 152 p.
Chansons de madame Édouard Bolduc d'André Gaulin; in: Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome II, Fides, Montréal, 1980)
Une histoire de la Bolduc, légendes et turlutte de Pierre Day (Montréal, VLB Éditeur, 1991, 132 p.)
La Bolduc: la vie de Mary Travers de David Lonergan (Bic, Issac-Dion éditeur, 1992, 212 p.).
Paroles et musiques, madame Bolduc, de Lina Remon, avec la collaboration de l'ethnomusicologue Jean-Pierre Joyal; compilation de toutes les chansons enregistrées par madame Bolduc, avec partitions musicales, en plus de quelques textes inédits (Montréal, Edition Guérin, 1993, 244 p.).
La Bolduc: 72 chansons populaires de Philippe Laframboise (Montréal, VLB Éditeur, 1993).
Mary Travers-Bolduc, la turluteuse du peuple, de Christine Dufour; Éditions XYZ, Montréal, 2001; 188p.)
Madame Bolduc a été le sujet du documentaire "Swing la baquaise" de Jean-Pierre Masse (ONF, 1968) et du téléfilm "Madame la Bolduc" (1992) d'Isabelle Turcotte, avec Jacqueline Barrette dans le rôle de la Gaspésienne.
Fernande, une des filles de madame Bolduc, a remis en 1984 au Musée de la Gaspésie à Gaspé une importante collection de manuscrits, d'articles de journaux, d'affiches, de photos et d'articles divers qu'elle avait compilé sur sa mère. Ces documents se trouvent maintenant au Musée de la Bolduc. Mary Bolduc a été intronisée au Panthéon des Auteurs et Compositeurs canadiens en 2003.
Liens
http://www.labolduc.qc.ca/fhtm/f_frame.htm
http://www.collectionscanada.ca/gramophone/m2-1031-f.html
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