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Henry Burr – When You and I Were Young, Maggie – 1923   Player

Biographie par Arthur Makosinski

Depuis l’avènement du phonographe, le nom de Henry Burr (pseudonyme) est celui qui est inscrit sur le plus grand nombre d’étiquettes de disques. C’est à l’automne de 1902 que débute la vertigineuse ascension du chanteur né Harry McClaskey. Pourvu d’un solide bagage musical et doué d’un sens peu commun des affaires, ce jeune espoir de 19 ans quitte son bercail de Saint-Stephens au Nouveau-Brunswick pour venir s’établir à New York. Envisageant une carrière à l’opéra, il poursuit des études de chant et se fait entendre dans de petits concerts locaux. Bien que ses professeurs le considèrent comme un phénomène et que le milieu artistique new-yorkais l’ait adopté rapidement, Burr découvre qu’il peut gagner sa vie par l’enregistrement. Mieux encore, il y trouve davantage de plaisir que de chanter dans les églises et les occasions sociales. En moins d’un an, le jeune McClaskey est déjà accueilli dans les bureaux des principales compagnies de disques de l’époque : Columbia, Victor et Edison. Sa lumineuse voix de ténor et sa personnalité charmante et sympathique, conviennent bien au nouveau médium, ce qui lui permet de parapher des contrats avec ces entreprises. Toutefois, pour ne pas ternir sa réputation auprès de la grande société, il décide d’enregistrer sous des pseudonymes, Henry Burr et Irving Gilette étant les plus souvent utilisés. De disque en disque, sa voix s’épanouit, que ce soit en solo, duo ou quatuor vocal. Bien qu’il enregistre avec des musiciens plus expérimentés que lui, il passe dix ans à solliciter les conseils des meilleurs professeurs. S’il n’a jamais atteint son but de devenir chanteur d’opéra, il a toutefois réussi à obtenir la faveur du grand public pour ses interprétations tendres et sincères d’un répertoire populaire, dont des ballades sentimentales, mais aussi un répertoire plus nouveau, voire expérimental.

En 1920, Harry a déjà enregistré pour presque toutes les étiquettes américaines et canadiennes et se trouve au sommet de sa forme; ses disques se vendent par millions. Bénéficiant de bons instincts en affaires et au spectacle, il tire profit de sa notoriété d’artiste du disque en transposant son succès vers la scène. En 1916, il met sur pied une troupe avec sept autres vedettes de Victor et part en tournée. De Broadway aux petites communautés de l’Amérique moyenne, sans oublier les métropoles canadiennes comme Toronto, les spectacles se déroulent immanquablement à guichet fermé. N’ayant jamais oublié ses racines canadiennes, McClaskey visite régulièrement sa famille dans la région de Saint-Jean. Il enregistre à Montréal plusieurs chansons sur son pays d’origine pour Columbia et HMV, incluant l’inoubliable « My Dear Old Canada. » En 1918, il obtient son premier disque d’or, y interprétant le morceau ultra-sentimental « Just a Baby’s Prayer at Twilight », une mélodie qui touche le cœur du public en évoquant l’émotion d’un père pour son enfant « parti là-bas. »

À l’approche de l’ère du jazz au milieu des années 20, McClaskey sait que sa voix ne se prête pas à cette nouvelle musique dansante; et pourtant, certains de ses meilleurs tubes sont justement de cet acabit, notamment « Always » de Irving Berlin et « Are you Lonesome Tonight. »  Bien que sa voix, doucement mélodieuse, n’ait jamais aussi bonne qu’à cette période-là, Henry Burr perd finalement son contrat chez Victor en 1928, avant ses 50 ans. Durant l’année qui suit, il fait la navette entre compagnies de disques puis tire sa révérence au monde du disque.

Mais ce départ ne préoccupe pas Burr outre mesure, puisqu’il agit déjà comme producteur de plusieurs émissions radios pour les chaînes américaines. La NBC lui confie d’ailleurs un poste de haute direction. Cinq ans plus tard, en 1934, il fait un retour au micro, se joignant à la troupe du très populaire « Barn Dance show » à l’antenne du poste WLS à Chicago. Il retrouve alors sa célébrité d’antan et devient rapidement l’homme le plus aimé de la radio. Henry Burr meurt en 1941, à peine quelques semaines après sa dernière prestation radio.

Burr évalua sa production phonographique à quelques 12 000 titres, toutes étiquettes confondues. Des relevés discographiques récents avancent le chiffre de 6 000, recoupant ses solos, duos et quatuors vocaux, le tout réparti entre 108 étiquettes différentes. Toutefois, il a enregistré ses meilleurs succès à plus d’une reprise. L’un des plus populaires s’appelle « When You and I were Young Maggie », les paroles signées par un Canadien, George W. Johnson, la musique composée par James Austin Butterfield. Écrite en 1866, cette chanson raconte l’histoire véridique de la jeune Maggie Clark et de son professeur Johnson, le parolier de cette pièce. Le poème témoigne de la pérennité de son amour envers elle, comme au moment où il la courtisait. Tout aussi authentiques sont les lieux décrits, comme le lieu de leur rencontre : un moulin au bord de l’eau près de la résidence de la demoiselle. Marié en 1865, le couple s’établit à Cleveland en Ohio, mais leur rêve d’un long amour fut brisé cette année-là au décès de Maggie.

Diplômé de l’Université de Toronto et détenteur d’un doctorat de la John Hopkins University de Baltimore, Johnson revint au Canada après la mort de sa femme pour se joindre au corps professoral de son « alma mater. »  La chanson Maggie obtint un succès rapide dès sa mise en marché en 1866 et ne perdit jamais la faveur publique avant que McClaskey se l’approprie et l’enregistre, avec des variantes, sur 22 étiquettes différentes. De 1906 à 1923, il la chante sous son nom d’origine ainsi qu’Henry Burr, en duo avec Albert Campbell, avec le Sterling Trio et le Peerless Quartet. Cette pièce fut d’ailleurs la plus demandée durant son séjour à l’antenne de WLS. « When You and I were Young Maggie » est donc un titre exceptionnel du vaste répertoire de Harry McClaskey, ce ténor qui nous a légué des milliers de disques d’une grande valeur musicale. Ses disques nous donnent une image saisissante de la vie et de l’amour entre 1902 et 1928 plus que tout cliché photographique.

Extrait de l’ouvrage “Life and Times of Henry Burr” (à paraître en 2007).

Traduction : Jean-Pierre Sévigny

Disque Burr

Liens

http://www.collectionscanada.ca/gramophone/m2-1004-f.htm

 

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