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Robert Charlebois – Lindbergh – 1968   Player

Biographie de Robert Thérien

Robert CharleboisDans son adolescence, Robert Charlebois étudie le piano pendant six ans. En 1961, il est animateur de la boîte à chansons Le Saranac où il se produit avec son ami Jean-Guy Moreau en première partie des grands de l'époque. Puis, il se joint au théâtre ambulant La roulotte du comédien Paul Buissonneau et étudie l'art dramatique au Théâtre National (1963-1965). Il tient un rôle dans le téléthéâtre «Doux sauvages» (SRC) de Paul Blouin, fait quelques apparitions dans les téléromans «Rue des pignons» et «Septième-Nord» (SRC) en plus de jouer dans les comédies musicales “Il est une saison” (1965) et “Ne ratez pas l'espion” (1966) de Louis-Georges Carrier et Claude Léveillée. Son premier album, enregistré en 1965, remporte le prix du meilleur disque de l'année (catégorie chansonnier) au Festival du disque et lui vaut d'être proclamé découverte de l'année dans la catégorie chansonnier à l'émission «Jeunesse oblige» (SRC). Charlebois chante dans quelques petites boîtes parisiennes et enregistre un deuxième album en 1966. Avec Mouffe et son ami d'enfance Jean-Guy Moreau, il monte les revues “Yéyé versus chansonniers” (1965, au Totem, dans les Laurentides) et “Terre des bums” (1967, au Patriote-à-Clémence à Montréal). En mai 1968, Charlebois remporte le trophée de l'auteur-compositeur-interprète de l'année au *Festival du disque.

Jusque là, Robert Charlebois est surtout connu pour des chansons poétiques comme La boulée et Chanson pour Mouffe. Mais un séjour aux Antilles et en Californie bouleverse ses concepts musicaux. En mars 1968, il se produit avec son amie Louise Forestier au Café Campus. Il aborde la musique psychadélique avec les musiciens du Quatuor de Jazz libre du Québec et le poète Claude Péloquin. À la demande d'Yvon Deschamps, il accepte de participer à un spectacle collectif au Théâtre de 4'Sous à la condition de travailler avec ses musiciens. L'organisation est anarchique et tarde à s'articuler, ce qui fait clamer à Paul Buissonneau, directeur du théâtre: «Est-ce qu'il avance, votre hostie-d'show?!!!» Frondeur, Charlebois décide de faire de cette exclamation le titre du spectacle. Pour éviter la censure, les journaux du 28 mai 1968 titrent «... de chaux», un anti-spectacle mêlant musique et humour qui fait connaitre rapidement Charlebois, Louise Forestier, Mouffe et Yvon Deschamps. Le succès est tel qu'il est repris du 3 au 8 septembre à la Comédie-Canadienne (TNM) sous le titre "L'Osstidcho King Size” puis finalement de “L'Osstidcho meurt” en grandes pompes à la Place des Arts de Montréal du 24 au 26 janvier 1969. Un mois auparavant, la même troupe s'était retrouvée dans la revue “Peuple à genoux”. En janvier 1969, la chanson Lindberg place, pour la première fois, un chansonnier en tête de tous les palmarès, déclenchant une véritable révolution musicale au Québec. En mariant des mots et une langue incarnée dans la réalité québécoise à des sonorités américaines, rock et psychédéliques, l'album qu'il enregistre avec Louise Forestier bouscule toutes les normes établies.

Pochette Lindberg

Au début de 1969, Robert Charlebois participe au Starovan avec plusieurs vedettes Pop, dont Stéphane, Chantal Pary, Marthe Fleurant, les Hou-Lops, et le chanteur français Herbert Léonard. Lindberg est au sommet des palmarès de l'Europe francophone, ce qui vaut à son auteur une première présence à l'Olympia de Paris, en première partie de Georgette Plana, une vedette des années 1940. Le spectacle se termine en esclandre lorsque le batteur de Charlebois fait rouler sa batterie dans la première rangée des spectateurs assez peu réceptifs à ce genre de musique. La presse québécoise réprouve à hauts cris cet incident. Malgré tout, Robert Charlebois, qui avait déjà, en juillet 1968, remporté le prix d'interprétation au Festival de Spa en Belgique pour sa chanson California , reçoit, en juin 1969, le prix Félix-Leclerc au Festival du disque canadien pour Lindberg. Les mois qui suivent sont marqués au sceau de l'eclectisme. Charlebois se produit, en juin, au Esquire Show Bar, la mecque du jazz montréalais, puis triomphe, le mois suivant, au Festival pop de Toronto. En septembre, il se produit devant plusieurs milliers de spectateurs à la Place des Nations de Montréal et vole presque la vedette au groupe américain Steppenwolf lors d'un spectacle au Forum en octobre. Le mois suivant, Charlebois subit encore une fois les foudres de la critiques pour l'échec de sa revue “Superchipalargo” écrite avec Marcel Sabourin et dont sont tirées les chansons Te v'là et Broches de bécik. En février 1970, il s'entoure d'un Big band pour son spectacle à la Place des Arts puis donne un concert pop en juillet avec l'Orchestre symphonique de Montréal, expérience qu'il reprendra en 1971 (alors qu'il présente sa symphonie "Quand je serai mort", première version de Le piano noir), 1972 et 1974. En août, il remporte le premier prix du 10e Festival international de la chanson à Sopot (Pologne) avec Ordinaire puis triomphe, le mois suivant, à la Place des Nations, abordant, avec un costume de chef indien, des chansons à saveur Folk rock. Celui que ses amis surnomment "Garou" participe à la tournée pancanadienne Festival Express, aux côtés de Janis Joplin, Ten Years After, le groupe canadien The Band, le groupe québécois les Mersey's et quelques autres artistes américains. Outre celles déjà citées, mentionnons d'autres chansons marquantes de cette période: Demain l'hiver, Dolorès, Les ailes d'un ange, Tout écartillé, Deux femmes en or et Mon pays.

En France, Eddie Barclay prend Charlebois sous son égide. Après un triomphe à l'Olympia en septembre 1972, le chanteur partage la scène avec Léo Ferré lors d'une tournée européenne en 1973, année où il refait l'Olympia (en vedette pendant trois semaines) et chante à la Fête de l'Humanité. Il lorgne également du côté américain avec les chansons Halloween in Hollywood et The Greatest Idea qui n'auront cependant pas de suite. Il présente de nouvelles créations, plus sophistiquées: Conception, Le mur du son, Fu Man Chu, Cauchemar, Entre deux joints, Je rêve à Rio, Qué-Can Blues et Avril sur Mars. qui remporte la médaille d'or des Olympiades de la chanson. Utilisant ses qualités de mélodiste au maximum, il s'entoure de quelques-uns des meilleurs poètes québécois, dont Claude Péloquin, Réjean Ducharme et Marcel Sabourin. En août 1974, dans le cadre de la Superfrancofête, 125 000 personnes s'entassent sur les Plaines d'Abraham à Québec pour entendre trois générations de chansonniers québécois: Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois. L'album “J'ai vu le loup, le renard, le lion” qui témoigne de l'évènement remporte le prix de la Ville de Paris en 1975. Robert Charlebois effectue un retour sur disque en 1976 avec “Longue distance”, un album cosmopolite qui est bien reçu grâce aux chansons Cartier, The Frog Song, Mon ami Fidel, Je reviendrai à Montréal et Mourir de jeunesse. En juin, il participe avec Yvon Deschamps, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée et Gilles Vigneault aux spectacles de la Fête nationale au Bois-de-Coulonge à Québec et sur le Mont-Royal à Montréal. L'album “Une fois cinq” qui en est issu remporte un prix de l'Académie Charles-Cros en 1977.

Robert Charlebois aborde ensuite un autre tournant de sa carrière en privilégiant la ballade sentimentale. En Europe, sa réputation grandit. En 1976, il tient dix soirs la scène du Palais des Congrès où, trois ans plus tard, il triomphera pendant trois semaines, avant d'effectuer une longue tournée européenne. Le chansonnier tient également l'affiche de la Place des Arts de Montréal pendant seize jours en 1978. Il retrouve, durant cette période, Réjean Ducharme, son parolier-fétiche, avec qui il écrit Je l'savais, J'veux d'l'amour et Heureux en amour. Après une série de dix spectacles à l'Olympia en janvier 1983, Charlebois présente au Théâtre Saint-Denis de Montréal les chansons de son nouvel album qui lui amène le Félix de l'album de l'année dans la catégorie compositeur-interprète au Gala de l'ADISQ 1983, en plus du Félix de la chanson de l'année que remporte J't'aime comme un fou, écrite en collaboration avec Luc *Plamondon. L'année suivante, la tournée de spectacles qu'il présente partout au Québec remporte un énorme succès et lui amène le Félix du spectacle de l'année. Retrouvant Claude Péloquin, son parolier de Lindberg, il lance en 1985 “Super position” qui contient le succès C'est pas physique, c'est électrique. En1986, Charlebois présente un spectacle fort prisé avec Jean-Jacques Goldman au Festival d'été international de Québec. Puis il prend volontairement un certain recul face au métier. En 1989, fort du succès de Silence on danse, Graziella et Madonna Tremblay de son nouvel album “Dense”, Robert Charlebois donne le spectacle de clôture du Festival d'été de Québec puis connait un bon succès pendant deux semaines à l'automne au Club Soda à Montréal. En 1992, Charlebois chante, en compagnie de Claude Dubois, devant plus de 50 000 spectateurs réunis Place d'Youville à Québec pour la clôture du 25e Festival d'été. L'opéra-rock “Cartier”, qui avait été présenté sur les ondes de la radio de la SRC le 11 octobre 1992, fait l'objet, quelques mois plus tard, d'un disque regroupant des extraits de l'œuvre. Charlebois amorce, cette même année, un cycle de collaboration avec son cousin et parolier, Jean Charlebois. Ensemble, ils écrivent les chansons de l'album “Immensément”, (dont le grand succès Indépendantriste.) qui remporte le Victoire du meilleur album, catégorie Disque du monde lors de la remise de ces prix à Paris en février 1993. Charlebois fait ensuite, en septembre, le Casino de Paris et, le mois suivant, le Spectrum de Montréal. Après avoir reçu, en octobre, le Félix Témoignage de l'ADISQ pour l'ensemble de sa carrière, Robert Charlebois présente “La maudite tournée” un peu partout au Québec, dont au Spectrum de Montréal les 17 et 18 mars 1995. En juillet 1994, le Festival d'été international de Québec lui décerne son prix Miroir hommage. L'Académie française lui décerne son prix pour l'ensemble de son oeuvre en juin 1996. Au printemps de 1998, Robert Charlebois signe sa première mise en scène pour le spectacle “Raconte-moi, Getsolmina”, présenté au Théâtre Saint-Denis par Claude Dubois et la comédienne Louise Marleau. En juin, le chanteur participe à «Carte blanche à Térez Montcalm» dans le cadres des Francofolies de Montréal.

Après avoir passé l'année 2000 en France, Robert Charlebois revient au Québec et s'entoure d'une équipe renouvelée pour la réalisation de l'album "Doux sauvage" dont il a écrit presque tous les textes. Cet album est acceuilli chaleureusement par la critique et marque une relance de sa carrière. Il reprend la route à la mi-octobre 2001. En 2003, il vend sa participation dans la brasserie Unibroue et redevient artiste de scène à temps plein. À l'automne 2005, ayant rapatrié l'essentiel des droits liés à son répertoire antérieur, il lance une compilation de ses chansons les plus marquantes sous le titre "Tout écartillé", album qui remporte le Félix de l'Anthologie de l'année au gala de l'ADISQ 2006. La tournée du même nom compte des spectacles dans la majorité des villes du Québec, dont une série au cabaret La Tulipe à Montréal, une autre du 8 au 26 février 2006 au Casino de Montréal et la dernière représentation le 1er décembre 2006 sur la scène du Centre Bell à Montréal.

Au cinéma, Robert Charlebois a joué dans “Entre la mer et l'eau douce” (ONF, 1966) de Michel Brault, “Jusqu'au coeur” (ONF, 1969) de Jean-Pierre Lefevbre, les films français “L'agression” (1974), “Un génie, deux associés, une cloche” (1976) de G. Damiani, “Les longs manteaux” (1985) de Gilles Béhat et “Sauve-toi Lola” (1986) de Michel Drach. Il a été, avec Louise Forestier*, le sujet du documentaire “À soir, on fait peur au monde” (ONF, 1969) de Jean Dansereau et François Brault. Il a écrit la musique des films “Jusqu'au cœur” (1969), “Deux femmes en or” (1970), “L'agression” (1974) et “Honeymoon” (1985).

Robert Charlebois a été le sujet des ouvrages suivants:
Charlebois, qui es-tu?, de Benoit L'Herbier, Montréal, Ed. de l'Homme,1971.
Robert Charlebois, de Lucien Rioux, Paris, Seighers, 1973.
Robert Charlebois déchiffré, de Claude Gagnon, Montréal, Leméac, 1974.
Robert Charlebois: l'enjeu d'ordinaire, de Jacques Julien, Montréal, Editions Tryptiques, 1987.

Il a écrit le roman On dirait ma femme... en mieux (Stanké, Montréal, 1999)

Liens

http://www.robertcharlebois.com
http://www.retrojeunesse60.com/robert.charlebois.html

 

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