Au-delˆ du reel

Introduction ˆ la musique traditionnelle instrumentale quŽbŽcoise

Pour faire suite ˆ la "Petite introduction ˆ la danse traditionnelle quŽbŽcoise et ˆ ses genres..." parue dans ces pages (1), nous nous tournons maintenant vers le monde de la musique, car danse et musique instrumentale ont de tout temps ŽtŽ intimement liŽes au QuŽbec.

La musique de danse quŽbŽcoise dŽcoule de plusieurs traditions musicales europŽennes provenant tant des ëles Britanniques (Angleterre, ƒcosse, Irlande) que de France. Combinant ces influences diverses, la tradition quŽbŽcoise a retenu plusieurs genres musicaux qui cohabitent plut™t bien, malgrŽ le fait que certains musiciens confondent parfois ces genres (2). Notre but est donc de rŽpondre aux musiciens, nŽophites ou expŽrimentŽs, qui pourraient se questionner sur les subtilitŽs qui nous font distinguer le reel de la gigue, le hornpipe de la clog.

Ë tout seigneur, tout honneur! Commenons par la forme musicale la plus reprŽsentŽe dans la musique de danse quŽbŽcoise: le reel.

Le reel

Le reel est natif d'ƒcosse. Ce nom dŽsignait ˆ l'origine une figure de danse trs rŽpandue dans les danses Žcossaises (une figure de 8) (3). Vers le dŽbut du XVIIIe sicle, le terme reel en vint ˆ tre associŽ ˆ la musique utilisŽe pour cette danse: un type d'air en mesure ˆ 2/4 de tempo rapide (environ 120 au mŽtronome). Bien qu'il existe des exemples d'airs ˆ plusieurs parties, le reel est gŽnŽralement formŽ de deux parties qui seront rŽpŽtŽes, donnant ainsi le patron AA BB. En ƒcosse, on distinguait deux types de reels selon que les phrases musicales s'Žtendent sur 8 temps (le rant) ou sur 16 temps (le scottish measure). De nos jours, cette distinction tend ˆ dispara”tre alors que le terme reel englobe ces deux catŽgories et dŽsigne la mesure ˆ 2/4 en gŽnŽral, plut™t que la longueur des phrases musicales. (4)

D'ƒcosse, le reel passa bient™t ˆ l'Irlande o il dŽtient maintenant une place de choix au sein de la musique traditionnelle instrumentale. Le reel irlandais est lui aussi formŽ de deux parties (parfois plus) de 16 temps qui seront rŽpŽtŽes; c'est d'ailleurs ce mme type que nous retrouvons le plus souvent au QuŽbec.

La gigue

Autre sujet de contreverse, le mot "gigue" possde, au QuŽbec, une personnalitŽ multiple. Ce mot dŽsigne, on le sait, une danse de pas qui nous vient des ëles Britanniques ("step dancing" en anglais) mais pour les musiciens ce terme pourra s'appliquer aussi bien ˆ un reel sur lequel on dansera la gigue (en mesure ˆ 2/4) qu'ˆ un air de jig irlandaise (en mesure ˆ 6/8). Dans le premier cas, certains musiciens traditionnels prŽfŽreront la dŽsignation de reel giguŽ (5). Quoi qu'il en soit, les deux termes gigue et reel giguŽ cernent une mme rŽalitŽ: un reel de tempo modŽrŽ, dont les parties sont frŽquemment d'une longueur de 8 temps (dŽnotant ici l'influence du rant Žcossais) et dont le caractre rythmique reproduit le patron correspondant au rythme d'un pas de gigue largement rŽpandu au QuŽbec (Fig. 1). Pour rendre la chose encore plus confuse, prŽcisons qu'au QuŽbec on danse rarement la gigue sur un air de jig irlandaise en mesure ˆ 6/8.

Qu'en est-il de cette jig irlandaise? Alors que le reel est apparu en ƒcosse, la jig est un produit authentique de l'Irlande du XVIe sicle. Ce genre musical sera, ˆ son tour, exportŽ ˆ travers les ëles Britanniques et Žventuellement vers l'AmŽrique. En Irlande, on distingue trois catŽgories de jig : la single jig, la double jig et la slip jig. Comme le reel, la single jig et la double jig sont gŽnŽralement formŽes de deux phrases musicales de 16 temps de tempo rapide, qui seront rŽpŽtŽes, formant le patron AA BB. Elles Žvoluent toutes deux sur une mesures ˆ 6/8, leurs diffŽrences reposant sur le caractre de la mŽlodie. La single jig prŽsentera ainsi un c™tŽ plus lyrique avec une utilisation frŽquente de notes longues (Fig.2); alors que la double jig sera plus dynamique avec un patron de six croches par mesure (Fig.2). La slip jig, parfois appelŽe hop jig, fait bande ˆ part avec une mesure ˆ 9/8 (Fig.2) et des phrases musicales s'Žtalant sur 12 temps. Ces airs Žtant parfois interprŽtŽs ˆ tempo accŽlŽrŽ, la mesure ˆ 9/8 pourra donner l'illusion d'une mesure ˆ 3/4, mais il ne faut pas trop se fier aux apparences. En Irlande, ce genre musical est beaucoup moins populaire que les deux autres alors qu'en AmŽrique cette forme est extrmement rare (6).

Au QuŽbec, une mŽlodie de mesure ˆ 6/8 pourra parfois tre dŽsignŽe comme gigue (surtout dans les rŽgions o l'immigration irlandaise aura ŽtŽ importante: (Outaouais, Cantons de l'est) mais le plus souvent on parlera de "partie de quadrille" ou tout simplement de "6/8". Dans la rŽgion de QuŽbec, la musique d'une "partie de quadrille" sera souvent de type single jig alors que celle accompagnant une premire "partie de set" dans la Beauce, le Richelieu, les Cantons de l'est sera de type double jig.

La galope

La tradition du quadrille, toujours trs vivante dans la rŽgion de QuŽbec, utilise un autre genre musical: la galope (7). On sait peu de chose sur ce genre musical. Ë notre avis celui-ci proviendrait d'un croisement entre le galop et la polka. Le galop est nŽ en France avec le "grand quadrille" au dŽbut du XIXe sicle alors que la polka conquit les salons europŽens au milieu du XIXe sicle. Les deux genres partagent une mesure ˆ 2/4 mais la polka aime montrer un patron rythmique particulier que nous retrouvons frŽquemment dans nos galopes quŽbŽcoises .

La galope, de mesure ˆ 2/4 (8) de tempo modŽrŽ (environ 110 au mŽtronome), est gŽnŽralement composŽe de deux phrases musicales de 32 temps qui seront rŽpŽtŽes, reprenant le mme patron AA BB que nous avons vu prŽcŽdemment au sujet du reel et de la gigue. De fait, la galope se reconna”t surtout par le lyrisme de sa mŽlodie, caractŽristique particulire aux mŽlodies de la rŽgion de QuŽbec, berceau de la galope chez nous. Probablement peut-on voir lˆ un lien avec la musique de quadrille europŽenne du XIXe sicle, souvent tirŽe directement des opŽras et opŽrettes ˆ la mode. Sans que ce rapprochement soit Žvident dans le rŽpertoire quŽbŽcois, il n'en demeure pas moins que ce genre musical rappelle la musique de salon apprŽciŽe dans toutes les grandes villes d'Occident au XIXe sicle.

Fait intŽressant, il nous faut aussi mentionner la prŽsence d'airs de forme hybride dŽveloppŽs par les musiciens de la rŽgion de QuŽbec. On pourra alors voir juxtaposŽes, par exemple, une phrase musicale de 16 temps trs dynamique (de type reel ) avec une autre phrase trs lyrique s'Žtendant sur 32 temps (de type galope). La galope, on le voit, bien que peu jouŽe hors de la rŽgion de QuŽbec, n'en est pas moins toujours vivante et capable de s'adapter ˆ de nouvelles rŽalitŽs.

Le hornpipe

Le hornpipe est nŽ en Angleterre. Selon plusieurs sources manuscrites, il existait dŽjˆ au XVIe sicle, Žvoluant sur une mesure ˆ 3/2. Ce n'est qu'au milieu du XVIIIe sicle que la mesure ˆ 2/4, telle que nous la connaissons aujourd'hui, devint gŽnŽralement acceptŽe. On lui reconna”t aussi une structure binaire o les deux phrases seront rŽpŽtŽes formant le patron AA BB. ƒgalement populaire en ƒcosse et en Irlande, le hornpipe appara”t de nos jours sous diffŽrents modes d'interprŽtation. En Angleterre et en ƒcosse, le hornpipe peut tre jouŽ tant de faon rapide et enjouŽe, ˆ la manire du reel (style de mise dans les "country dances"), que posŽment (environ 80 au mŽtronome) s'il est destinŽ ˆ l'accompagnement du "clog dancing"(9), d'o l'appellation de clog donnŽe couramment au hornpipe. Dans ce dernier cas, il sera jouŽ en rythme pointŽ de faon trs marquŽe. L'Irlande ne conserva que cette deuxime pratique alors qu'en AmŽrique du nord le hornpipe devint un reel ordinaire, bien que la clog ait connu une certaine faveur au QuŽbec au dŽbut du sicle.

La Grande gigue simple et le Brandy

On ne saurait dire si la mesure ˆ 3/2 du hornpipe primitif serait ˆ l'origine d'une catŽgorie similaire au QuŽbec mais il existe des mŽlodies qui habillent cette mesure. La Grande gigue simple et le Brandy sont, et de loin, les exemples les plus cŽlbres d'airs de cette espce (10). La Grande gigue simple, que certains appellent la Grondeuse ˆ cause du rŽaccordement du violon (11), fut longtemps considŽrŽe comme la mŽlodie par excellence pour danser la gigue, du moins c'Žtait sžrement la plus connue au QuŽbec. Tout violoneux qui se respectait se devait de l'inclure ˆ son rŽpertoire s'il voulait satisfaire son public. Aussi, ne faut-il pas se surprendre si cette mŽlodie voyagea vers l'ouest canadien o les mŽtis du Manitoba l'ont adoptŽe en la rebaptisant la Gigue de la Rivire-Rouge.

Le cas du Brandy est quelque peu diffŽrent. Ce nom dŽsigne une danse rŽpandue ˆ l'Žchelle de la province. Dans plusieurs rŽgions du QuŽbec, la danse s'exŽcute sur un reel commun mais pourtant certains musiciens ont conservŽ une mŽlodie archa•que en mesure ternaire, mŽlodie qui ne sert exclusivement qu'ˆ l'accompagnement de cette danse. Au Saguenay - Lac Saint-Jean, o cette danse est toujours trs populaire, les dŽplacements sont d'ailleurs accompagnŽs de pas giguŽs complexes, d'o le nom de Brandy "frottŽ" donnŽ lˆ-bas. Tout porte ˆ croire que notre Brandy serait un dŽrivŽ d'une danse populaire ˆ travers les ëles Britanniques connue sous le nom de Drops of Brandy, dont la mŽlodie est en mesure ˆ 9/8 donc ternaire elle aussi. Bien que la mŽlodie d'origine et la version quŽbŽcoise montrent peu de similitudes, s'agirait-il d'une transformation structurale ? La question reste posŽe.

Voilˆ donc les genres musicaux qui englobent la plus grande part de notre patrimoine musical instrumental. D'autres genres plus rŽcents sont pourtant venus se greffer ˆ ceux-ci vers la fin du XIXe sicle. Il s'agit de la marche, la valse et la polka.

La marche

Bien que la marche ne soit associŽe ˆ aucune forme de nos grandes danses folkloriques, ce genre musical s'est tout de mme infiltrŽ dans le rŽpertoire de plusieurs musiciens traditionnels vivant en milieu urbain. Cela n'a rien de surprenant car les fanfares et les harmonies ˆ vent connurent une vogue de popularitŽ sans prŽcŽdent au XIXe sicle, vogue qui se prolongea mme jusqu'au dŽbut du XXe sicle.

Ë force de c™toyer les ensembles ˆ vent, certains musiciens traditionnels voulurent imiter leur musique. Ils s'initirent donc ˆ la marche militaire, genre musical largement pratiquŽ par les fanfares et les harmonies du dŽbut du sicle. Par dŽfinition, la marche militaire peut se construire indiffŽremment sur une mesure ˆ 2/4 ou ˆ 6/8. Les musiciens traditionnels reprendront les mme patrons, ce genre musical se distinguant du reel et de la gigue en Žtant moins dynamique que les airs ˆ danser, ˆ tempo plus lent et en montrant une pulsation de base trs prononcŽe.

La valse

L'inclusion de genres musicaux provenant des salons bourgeois nous amena deux nouveaux sujets au dŽbut du XX sicle : la valse et la polka. La valse, contrairement ˆ la marche, sera trs rŽpandue au QuŽbec. Elle fut acceptŽe d'emblŽe par les musiciens traditionnels mais cette acceptation ne date que du dŽbut du sicle. Encore une fois, comme cette danse ne figure pas au palmars de nos grandes danses folkloriques, son usage avant 1900 Žtait limitŽ aux rŽgions urbaines, les musiciens prŽfŽrant se concentrer sur les genres musicaux que nous avons vu prŽcŽdemment. Au tournant du sicle, la plus grande mobilitŽ des individus, alliŽe ˆ l'apparition du disque et de la radio, ouvrirent de nouveaux horizons musicaux ˆ nos interprtes folkloriques. En adoptant la valse, ceux-ci auront donc folklorisŽ une pratique citadine en imitation des bals de la haute sociŽtŽ donnŽs dans les grands h™tels de MontrŽal et de QuŽbec. Pourtant, certaines rŽgions seront restŽes impermŽables ˆ ces influences modernes.

La valse s'est dŽveloppŽe dans les pays germaniques vers la fin du XVIIIe sicle ˆ partir du "LŠndler", une danse paysanne ˆ trois temps (3/4). La popularitŽ grandissante de la valse fut telle qu'au XIXe sicle elle Žtait devenue "la danse" ˆ l'honneur dans les salons bourgeois tant de l'ancien que du nouveau monde. PrŽcisons qu'en plus de la valse courante, caractŽrisŽe par le patron rythmique (Fig. 3), nous retrouvons au QuŽbec un type de valse giguŽe surnommŽe valse-clog, trs populaire au dŽbut du sicle. La valse-clog, danse d'origine britannique, s'identifie aux patrons rythmiques suivants (Fig. 1 : valse-clog 1 et 2). Ici, le c™tŽ rythmique de la mŽlodie sera plus prononcŽ que son aspect lyrique, contrairement ˆ la valse ordinaire.

La polka

Cette danse ˆ deux temps (2/4), Žnergique et guillerette, prit d'assaut les salons europŽens au milieu du XIXe sicle et se propagea par la suite ˆ travers le monde. Pourtant, encore une fois, ce n'est qu'au dŽbut du XXe sicle que la polka sera intŽgrŽe au rŽpertoire de nos musiciens folkloriques urbains. Les musiciens des campagnes ne tarderont pas ˆ copier ceux des villes mais il faut faire ici une distinction entre l'aspect musical et l'aspect chorŽgraphique de cette nouvelle venue : la polka en tant que genre musical Žtait probablement plus apprŽciŽe que la polka dansŽe qui a longtemps ŽtŽ ignorŽe des amateurs de danses traditionnelles quŽbŽcoises. Gardons cependant ˆ l'esprit que certains airs de polka europŽens, une fois transformŽs, auront trs bien pu tre assimilŽs ˆ d'autres genres musicaux comme le reel et la galope, et se retrouver ainsi intŽgrŽs ˆ la tradition quŽbŽcoise.

Conclusion

Voilˆ les genres musicaux formant l'essentiel de notre patrimoine musical instrumental. Cependant, ces belles dŽfinitions thŽoriques sont parfois loin du quotidien du musicien traditionnel ; le questionnement philosophique sur la nature du reel constitue un problme pour les musicologues, non pour les violoneux. Aussi, ne faut-il pas se surprendre de voir des irrŽgularitŽs poindre de temps ˆ autre dans la nomenclature utilisŽe par les porteurs de traditions (12). Qu'ˆ cela ne tienne. ArmŽ de vos nouvelles connaissances, vous serez ˆ mme de dŽjouer les pires imbroglios !

par Jean-Pierre Joyal

Notes :

1. Bulletin MnŽmo, vol. 1, n¡ 4 et 5, printemps et ŽtŽ 1997.

2. De plus, il n'est pas rare d'entendre mentionner, encore aujourd'hui, l'expression "rigodon" qui, dans la bouche des musiciens traditionnels quŽbŽcois, est une forme gŽnŽrique qui s'applique ˆ tout air instrumental de danse. Ë ce sujet, voir l'article de Pierre Chartrand concernant l'ouvrage de Jean-Michel Guilcher, "Le domaine du rigodon: une province originale de la danse" dans MnŽmo bulletin, vol.1, n¡.4, printemps 1997, p.2.

3. Voir Pierre Chartrand, "Du set au cotillon... (suite et fin)", Bulletin MnŽmo , vol. 2, n¡. 1, ŽtŽ 1997, p.3.

4. Un lŽger problme subsiste cependant concernant la mŽtrique du reel. Une tradition concernant la notation d'airs instrumentaux s'est dŽveloppŽe tant en Angleterre, en Irlande qu'en ƒcosse o il se publie des collections d'airs ˆ danser depuis plus de deux sicles. MalgrŽ tout, aucune entente quant ˆ la mŽtrique ˆ utiliser pour ces transcriptions ne fut Žtablie entre les Žditeurs et l'on se retrouve donc aujourd'hui face ˆ un Žventail de procŽdŽs.

Bien que le caractre intrinsque du reel suggre une notation en mesure ˆ 2/4, une notation en mesure Alla breve (2/2 ou C) fut popularisŽe ds le XVIIIe sicle. Dans la mesure ˆ 2/4 il y a deux temps par mesure, chaque temps Žtant reprŽsentŽ par une noire; alors que dans la mesure ˆ 2/2, chacun des deux temps de la mesure est reprŽsentŽ par une blanche. L'avantage de cette pratique est l'Žlimination de doubles-croches, la partition Žtant transcrite deux fois plus lentement que la rŽalitŽ le voudrait. En d'autres termes, le musicien devra lire sa partition deux fois plus vite; par exemple en mesure ˆ 2/4, la noire ˆ 120 au mŽtronome ou en mesure ˆ 2/2, la blanche ˆ 120 au mŽtronome. La mesure Alla breve Žliminant la prŽsence de doubles-croches, les musiciens dilettantes n'en dŽchiffraient leurs partitions prŽfŽrŽes qu'avec plus de facilitŽ. Le problme qui se prŽsenta vient du fait que la mesure ˆ 2/2, qui contient deux blanches par mesure, ressemble Žtrangement ˆ la mesure ˆ 4/4 (ou c ) qui contient quatre noires par mesure. Dans les deux cas, nous avons quatre temps par mesure mais la diffŽrence majeure tient ˆ ce que la mesure ˆ 2/2 doit tre lue deux fois plus vite, contrairement ˆ celle ˆ 4/4. Pourtant, certains Žditeurs ont utilisŽ quand mme ce procŽdŽ, confondant ici 2/2 et 4/4. Aucun consensus n'ayant ŽtŽ Žtabli, cela mme de nos jours, il ne sera donc pas rare de voir cohabiter les trois procŽdŽs ( 2/4, 2/2, 4/4 ) ˆ l'intŽrieur d'un mme recueil.

5. Le terme reel giguŽ aurait ŽtŽ introduit par l'accordŽoniste Philippe Bruneau dans les annŽes soixante.

6. Louis "Pitou" Boudreault, cŽlbre violoneux du Saguenay, avait conservŽ des pices de cette nature dans son rŽpertoire.

7. Parfois orthographiŽ galoppe de nos jours. Les rares mentions de ce terme sur les disques 78 tours du dŽbut du sicle utilisent l'appellation "la galop". Cette transformation de l'orthographe et de la prononciation du galop original vers la galope viendrait peut-tre d'une prononciation ˆ l'anglaise du mot galop, les salons bourgeois Žtant plutot anglophiles dans le QuŽbec du XIXe sicle. Selon les recherches de Pierre Chartrand, le mot galope serait aussi utilisŽ en France au XIXe sicle comme forme rŽgionale du mot galop. C'est ainsi qu'on le retrouve aussi bien chez Georges Sand que dans certains dictionnaires de l'Žpoque.

>8. Comme d'autres musiciens traditionnels, nous avons longtemps pensŽ que la galope devait se transcrire sur une mesure ˆ 4/4, qui correspond assez bien aux longues phrases de 32 temps que nous retrouvons souvent dans ce genre musical. Aprs mžre rŽflexion, il nous semble maintenant que la mesure ˆ 2/4 soit plus rŽaliste, celle-ci Žtant dŽjˆ utilisŽe pour trancrire le galop et la polka, qui sont tous deux ˆ l'origine de la galope quŽbŽcoise.

9. Cette danse s'exŽcute avec des sabots (clogs en anglais).

10. Ces mŽlodies sont gŽnŽralement transcrites en mesure ˆ 3/2 , prŽsentant trois temps par mesure. Nous croyons que la mesure ˆ 3/4 serait plus pratique, en ayant soin de prŽciser la battue mŽtronomique pour Žviter toute confusion avec la valse. Ainsi, avec une battue ˆ 120 ˆ la noire, le reel montrerait deux temps par mesure (2/4) et la Grande gigue simple trois temps par mesure (3/4).

11. Cette technique de rŽaccordement de l'instrument s'appelle "scordatura" dans le monde du violon classique. Les violonistes europŽens l'utilisrent allgrement au XVIIe sicle. Au QuŽbec, il n'Žtait pas rare de donner le nom de Grondeuse aux pices qui utilisaient cette technique car on y faisait gronder les cordes graves du violon qui vibraient ˆ vide en guise de bourdon.

12. Le cas du violoneux Joseph Bouchard illustre bien notre propos. On retrouvait dans son rŽpertoire un air intitulŽ Galope de la Malbaie alors qu'il s'agit d'un reel et ˆ l'opposŽ un autre air intitulŽ Reel Antoinette, qui est en fait une galope.

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